Tatouage Magazine (La pointilleuse)N°119

Marlène le cidre : « La pointilleuse »

Une exécution irréprochable, un style original qui emprunte à différents genres et les mélanges avec brio ainsi que de smotifs à la fois complexes et toujours efficaces, caractérisent le travail de Marlène le cidre. Perfectionniste autant que douée, elle a repris cette année sous son nom le salon parisien ou elle avait fait son apprentissage.

As-tu toujours rêvé d’être tatoueuse ?

MLC: Non, en fait, c’est le second métier que j’exerce ! Avant de l’être, j’étais cuisinière au Canada. De nombreux tatoueurs venaient manger là ou je travaillais, dont Eilo (MTL Tattoo, Montréal). On a discuté à plusieurs reprises, elle voyait que je dessinais et elle m’a demandé ce que je faisais. Je lui ai dit que j’avais exposé des tableaux chez Yann Black, qui était à lépoque chez Glamort Tattoo (Montréal). J’étais passionnée, mais je n’avais quasiment pas de tatouages à l’époque, seulement un bras. Il se trouve que c’est son ex qui l’avait réalisé ! On a commencé à mieux se connaitre, et Eilo m’a fait un premier tatouage, puis un second et ça là qu’elle m’a dit: « Toi, je te sors de ta cuisine, tu n’as rien à faire là ! Par contre, il faut que tu rentres en France, parce que ma meilleure amie ouvre un salon, et elle aura sûrement besoin d’apprentis. Si ça te tente, je lui en parle, et c’est parti ! ». J’ai tout quitté, je suis arrivée en France en 2013 pour commencer mon apprentissage, puis j’ai été confirmée tatoueuse Fin 2013, le 1er Septembre.

Quel était le rôle de l’art dans ta vie avant de tatouer ?

MLC: Je dessine depuis l’enfance. Après j’ai fait de la peinture, mais cela avait une dimension plus thérapeutique. J’étais considérée comme appartenant aux expressionnistes contemporains par les galeries qui m’exposaient. Maintenant, je trouve que mon dessin est devenu du « dessin de tatouage », et s’est vraiment développé. C’est par le biais du tatouage que le dessin a pris possession de tout ce que je fais aujourd’hui…

Ton style peut combiner harmonieusement au sein d’une même pièce des éléments géométriques, du pointillé, du oldschool revisité, des éléments de la nature tels que plantes, arbres, fleurs, animaux, vagues, des illustrations de type gravure, des éléments anatomiques, des mandalas…Comment es-tu arrivée à ce mélange?

MLC: je ne saurai pas faire quelque chose de minimaliste. Dans ma tête, ça fonctionne de manière compliquée, je vois beaucoup de choses. Je suis ultra-perfectionniste et j’aime rentrer dans le détail, jusqu’au bout. J’adore les lignes. Pendant mon apprentissage, je me suis énormément entrainée, sans règle, sur des feuilles, puis sur moi, puisque je me suis auto-tatouée des pieds jusqu’à une partie du buste. La majeure partie des tattoos que j’ai sur moi, c’est moi qui les ai fait. Et ces mélanges sont venus de mon goût pour les choses détaillées. Le dotwork, par exemple, s’est imposé à moi tout de suite. On peut dire que c’est la technique et le perfectionnisme qui sont à l’origine de mon style. C’est en cherchant et en peaufinant chaque détail que je parviens à trouver des choses différentes, à aller plus loin.

Avoir une bonne culture des arts graphiques, c’est important pour tatouer ?

MLC: Oui ! Dans tout les cas, quand quelqu’un vient me voir pour un tatouage, je vais faire des recherches, pour essayer d’apporter un maximum de choses, et voir comment les détourner. La problématique dans le aujourd’hui, c’est qu’on tourne un peu tous autour des mêmes choses, graphiquement parlant. On est tous inspiré par ce que l’on voit, sur internet notamment. Alors, plus on peut aller chercher loin, fouiller, fouiner, plus on a de chances d’arriver à une proposition originale, à un tatouage moins commun. Avoir une bonne culture, c’est pouvoir apporter plus à la personne qui vient vous voir.

Même quand ils comportent beaucoup d’éléments, tes tatouages vont à l’essentiel. Quel a été le chemin jusqu’à ce style qui te caractérise ?

MLC: Comment en mettre beaucoup mais que ça reste léger ? C’était ma problématique au début, car on a toujours tendance à charger. Puis avec l’expérience, et je n’ai pourtant qu’une expérience de 3ans, on se rend compte que certaines choses vieillissent plus ou moins bien. On en tient compte. J’ai presque 38ans, j’ai commencé tard ce métier. Mais je pense que c’est une vraie valeur ajoutée : les expériences de vie apportent beaucoup, même en terme de culture. Et je dirais que c’est à force d’explorer et de mélanger les styles, en gardant les éléments que j’ai préféré dans chacun d’entre eux que j’ai trouvé le miens.

 

Laisser un commentaire

0
Votre panier